Le petit prince du raï Faudel a irradié le public de sa bonne humeur et de son énergie. (VINCENT MURITH)

Festival de qualité cherche public

Château-d'Oex - Malgré l'affiche, la 4e édition du World Music Festiv'Alpe a attiré moins de monde que l'an passé. Un peu plus de 2000 spectateurs payants ont goûté durant ce week-end à cette évasion exotique. Sera-t-il réédité? thierry jacolet Le tour du monde musical en moins de 80 heures s'est achevé hier à la quasi-satisfaction des organisateurs. Le World Music Festiv'Alpe a attiré près de 7000 personnes sur le site à Château-d'Oex. Mais les entrées payantes n'ont pas répondu aux attentes. Quelque 2000 personnes ont acheté leur passeport de citoyen du monde, alors qu'un millier de plus était attendu. De vendredi à dimanche, les groupes ont heureusement négocié les trois étapes de cette évasion exotique avec générosité et panache.  Rampe de lancement de la soirée de vendredi, le groupe fusionnel Ekova a mis d'emblée le public dans sa poche. Ces «troubadours de l'espace» ont visité des contrées musicales insoupçonnées, entre frénésie et lasciveté. Cheveux vermillon, bas rayés blanc et bleu, la chanteuse californienne Dierdre Dubois n'avait pas besoin de ce look d'enfer pour impressionner les spectateurs. Sa voix suffisait. Louvoyant autour des sons électroniques et traditionnels émis par une sorte de luth, un violoncelle et des percussions, les circonvolutions vocales ensorcelantes, déchirantes, ont laissé une partie du public bouche bée.  


Princess Erika à la peine

Le niveau est monté d'un cran sur l'échelle de l'énergie après l'entrée sur scène de la Camerounaise Sally Nyollo. Avec ses deux choristes et ses quatre musiciens, l'ex-chanteuse de Zap Mama n'a pas ménagé ses efforts pour brûler les pieds des spectateurs. Sa pop africaine a entraîné le public dans une sarabande chaleureuse jusque sur la scène...

La soirée a pourtant terminé en queue de poisson avec Princess Erika. A-t-elle été desservie par une programmation trop tardive? Tête d'affiche de la soirée «Scènes de femmes», Princess Erika s'est produite devant une assistance clairsemée. Cette jeune femme de caractère n'en a pas été décontenancée pour autant. Elle a ainsi profité de cette promiscuité pour confier de petites histoires au public. Comme elle le chante, peut-être «Trop de blabla», pour un public resté un peu sur sa faim, malgré les rythmes soul, funk, jazz qui se sont vite essouflés.
A l'heure où le public profitait encore dehors des derniers rayons de soleil, les Italiens de Mau Mau ont offert un concert bariolé en début de soirée samedi. L'arrangement de percussions, guitares, accordéon, trompette, contrebasse, a insufflé une nouvelle âme à des musiques traditionnelles brésiliennes ou berbères.
Difficile de croire que Patrice vient de Hambourg. Et pourtant. Si ce chanteur évolue dans le reggae, il ne se laisse pas happer par la pure tradition jamaïcaine. Son univers musical croise aussi la soul, le hip-hop, le folk et même le rock. Les flots de décibels libérés par les instruments viennent alors submerger des plages acoustiques. Sur scène, ce chanteur dégage. Au fil des chansons, Patrice se lâche, improvise et affiche une présence scénique qui enthousiasme le public. La musique rend les hommes plus libres, disait Bob Marley. Patrice applique à sa manière la maxime de son père spirituel.
 

Faudel, rayon de soleil
«J'espère qu'on va apporter un peu de soleil. Il fait froid ici». Peu avant minuit, la boutade de Faudel tombe dès son entrée sur scène comme une allumette sur une mèche d'explosif. Le public en pince pour le petit prince du raï. Les spectateurs se déhanchent sur les tempos voluptueux. Le chanteur et ses sept musiciens livrent quelques échantillons du répertoire comme les anciens morceaux «Dis-moi» et l'inusable «Tellement N'brick». Plus récents, le mélancolique «Je me souviens» et «Lila», aux sonorités égyptiennes, marquent les nouvelles tentations musicales du chanteur dans son dernier album «Samra». Car Faudel a tissé de nouvelles amitiés avec la chanson française, le funk, la salsa, l'électronique, les ambiances hispanisantes, jazzy ou trip-hop. La scène est son jardin, la musique, des plantes qu'il arrose d'envolées vocales orientales du plus bel effet.
Le jeune artiste fait preuve d'une maturité impressionnante sur scène à 23 ans à peine. Le sourire enfantin scotché aux lèvres, Faudel irradie de sa bonne humeur l'assistance. Il exsude son énergie avec un enthousiasme non feint. Sans grande folie non plus, mais avec le souci du travail bien fait. Car Faudel est un professionnel. La durée de sa prestation en témoigne: une heure avec un «bonus» d'une chanson en rappel. Le public en redemande en vain.
Un peu plus tard, le salsero cubain Alfredo de la Fé aura quelque peu comblé la frustration de l'assistance à l'aide de son acrobatique violon. Ce concert endiablé a mis à rude épreuve les genoux des derniers spectateurs jusqu'aux petites heures du matin. Et hier, Jacky Lagger, Sonalp et Savalé n'avaient pas dit leur dernier mot. Ce week-end, le terrain En Glacière portait mal son nom.  TJ


Citoyens du monde sur scène et en coulisses

Le World Music Festiv'Alpe est aussi cosmopolite sur scène que dans les coulisses. Tour de Babel miniature, l'organisation compte pas moins d'une vingtaine de nationalités parmi les 130 bénévoles et la cinquantaine de responsables: Suisse, Etats-Unis, Colombie, Espagne, Australie, Nouvelle-Zélande, pays de l'Est... «C'est assez original», sourit l'attaché de presse Pascal Widmer. «On ne l'a pas cherché. Ces gens sont venus naturellement à nous. Ils sont ouverts car ils viennent d'ailleurs. Et ils se retrouvent avec des gens qui ont le même état d'esprit dans un festival à visage humain. On a ainsi rencontré le 1er août des Bretons en vacances au bord du Léman. Ils voulaient passer quelques jours à la montagne. Alors ils sont venus ici et ont donné un coup de main à l'organisation.»  D'autres comme Robin collaborent depuis la création du festival en 1996. Menuisier de formation, cet Australien installé à Fribourg s'occupe du montage des infrastructures. «J'ai découvert la région quand je venais y skier. Puis j'ai connu des gens d'ici. J'aime y revenir parce que je me sens bien dans l'organisation, comme dans une petite communauté.»
Habitant Neirivue, l'Italienne Claudia oeuvre pour la première fois dans les coulisses. «Ce sont des copains qui m'ont demandé de venir», glisse-t-elle, entre deux verres qu'elle sert au bar. «J'adore l'ambiance, surtout dans l'organisation, car je connais plein de monde. Sûr que je reviendrai l'an prochain.»
Mais y aura-t-il une édition 2002? Aldo Federici se veut optimiste: «La date des 8 au 11 août est déjà retenue. L'avenir dépendra des comptes de cette année». Si les caprices de la météo ne font plus courir de frissons dans le dos des organisateurs - un chapiteau de 3000 places abrite le public depuis l'an passé - c'est le remboursement des créanciers de l'édition 2000 qui préoccupe. «S'il avait fait beau comme ce week-end durant les autres années, peut-être qu'on ne souffrirait plus financièrement», devise Pascal Widmer.  TJ


Découvertes musicales et concours

Innovation du World Music Festiv'Alpe, le «World Music Contest» a donné un coup de projecteur sur 12 formations musicales trop souvent dans l'ombre. Dans la halle aux Epices, une scène off était réservée chaque soir à quatre formations de musiciens étrangers établis en Suisse. «Ce sont des amateurs aux qualités professionnelles», comme le relève Philippe Uebelhart, adjoint de communication. «C'est important d'offrir de la musique en permanence entre les changements de groupes sur la grande scène. La synergie entre les concerts payants sous le chapiteau et ceux-ci qui sont gratuits a prouvé la bonne formule.» La présence d'un public avide de découvertes sonores aussi. Les spectateurs ont pu apprécier la prestation du groupe de métissage Abraxas (Suisse, Sénégal, Bretagne, Maghreb) qui a séduit le jury jeudi. Les huit voix du désert, Ez Zahar (Maroc), ont remporté le concours de samedi. Les vainqueurs ont pu se produire sous le chapiteau le lendemain de leur victoire avec à la prime un bonus de 1000 francs. Quant aux lauréats du vendredi, les Suisses allemands Chris Haltiner et Mathias Müller, ils ont convaincu le jury avec leur didgeridoo. Meilleure formation des trois soirs, elle a empoché 1000 francs supplémentaires et s'est à nouveau produite hier soir sous le chapiteau. Autre nouveauté, le Prix Vision de la planète future a vu la participation de quatre auteurs de poèmes, d'improvisations de clown, de contes et de nouvelles d'anticipation. TJ
 

La Liberté, 13.8.01